Nicolas Schmaeh

Né en 1968, Nicolas Schmaeh entame, après l’école obligatoire, un apprentissage de droguiste. Mais l’attirance pour la nature et les couleurs des plantes ne suffira pas à le garder dans cette voie. Il poursuit son activité dans la profession des soins infirmiers en psychiatrie et y découvre les milles facettes colorées de l’humain et de son Être. 

Depuis l’enfance, Il aime mélanger les couleurs et ressent le besoin impérieux de traduire ce qui l’habite profondément à l’aquarelle ou sur des toiles et autres support solides, tel le métal, avec de la peinture acrylique.

Il y a plus de vingt ans déjà, il a modestement mais régulièrement présenté de petits travaux dans divers lieux inattendus tels un fleuriste, une carrosserie, une cave à fromage, un hôtel puis de petites galeries. Grâce à ces lieux d’exposition riches en rencontres humaines, il garde de très bons souvenirs et le plaisir d’avoir pu partager ses travaux.

Il a régulièrement aménagé son temps libre pour la création tout en travaillant en psychiatrie où il doit tenir compte de la souffrance des patients et des obstacles qui jonchent leur quotidien. Cette expérience professionnelle a toujours nourri sa démarche artistique. Actuellement, il a à nouveau du temps ; cela lui permet de transposer certaines de leurs émotions ainsi que les siennes et traduire le lien qui nous rapproche, le récit et la trace de leur passage dans les soins psychiatriques.

Autodidacte, il apprécie les conseils et fait des stages pour approcher d’autres techniques telle que la gravure. La galerie Trait noir à Fribourg lui a consacré une exposition en décembre 2023. A la fin de chaque année il participe avec ses collègues de la Galerie à une expo collective pour clôturer l’année.  

Expositions

Galerie de la Cathédrale à Fribourg du 5 juillet 2025 au 26 juillet 2025 

Le Royaume des Chats à Rossinière du 06.06.2026 au 12.09.2026 

Galerie Trait Noir à Fribourg du 13.06.2026 au 28.06.2026 Galerie Trait Noir


Ci-après un texte d'Oriane Petteni en relation avec l'exposition à la Galerie Trait-Noir à Fribourg en 2026

Les alchimiques de Nicolas Schmaeh

Le travail de Nicolas Schmaeh a quelque chose des grands alchimistes médiévaux. Ces derniers, à mi-chemin entre la magie et la science moderne, cherchent inlassablement, dans le secret de leurs ateliers, à percer les secrets de la nature, dans le but de transmuer la matière, d’inverser les hiérarchies entre métaux pauvres et métaux nobles, et de créer de nouvelles substances.

De la même manière, la technique employée par Nicolas Schmaeh, l’aquatinte, procède de la transmutation : il s’agit de saupoudrer une plaque de métal (souvent de cuivre) d’une poudre de résine, qui est ensuite chauffée puis plongée dans un bain d’acide. Les figures – c’est-à-dire le visible – émergent alors d’une rencontre entre la morsure de l’acide et la résistance de la résine. En résulte de curieux diagrammes, qui semblent donner à voir les lignes de forces dynamiques et complexes qui génèrent la structure ultime de la réalité. De fait, le diagramme, abondamment utilisé en mathématiques, sciences physiques et chimiques mais aussi en numérologie, permet de donner à voir des relations abstraites entre différents éléments. Éminemment graphique, cet outil est également convoqué, comme l’a bien montré Gilles Deleuze, pour cartographier le plan virtuel à partir duquel la réalité est générée. Le diagramme donne donc à voir le réservoir de potentialités dont notre réalité n’actualise qu’une partie.

C’est sans doute pour cela que face aux estampes de Nicolas Schmaeh, nous vient immédiatement en tête la célèbre phrase de Paul Klee, « l’art ne reproduit pas le visible, mais rend visible ». Difficile en effet de ne pas penser au peintre suisse, et à son homologue russe Wassily Kandinsky, en voyant ces compositions apparemment abstraites de points et lignes sur plan. Pour autant, s’il se situe clairement dans la filiation de ces recherches fondatrices pour l’art moderne du XXème siècle, Nicolas Schmaeh ne se contente pas de les répéter mécaniquement. Il les enrichit bien plutôt d’une réflexion non seulement sur le mode de représentation de ces plans infra ou supra de la réalité, mais également sur les procédés (ici en l’occurrence chimiques) capables de les rendre sensibles aux spectateurs. À cet égard, son rapport à la couleur est également parlant. Si l’on suit en effet le raisonnement de Paul Klee dans la Théorie de l’art moderne, le gris se tient au centre du cercle chromatique, puisqu’il contient virtuellement en lui l’ensemble des couleurs, ainsi que l’axe des pôles opposés noir/blanc et leurs nombreuses gradations.

Par conséquent, la palette volontairement restreinte de Nicolas Schmaeh à des valeurs de gris, tirant parfois jusqu’au noir profond, traduisent de manière sensible, par le biais de la couleur, ce plan virtuel de la réalité où tout n’est encore que jeu de potentialités encore nonactualisées. Avec les mystérieux diagrammes de Nicolas Schmaeh, nous avons donc affaire à une belle réactualisation de l’abstraction moderne dans le bain alchimique de l’aquatinte.

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